Plaidoyer pour la fin du confinement

L’impact économique du confinement est majeur, sa poursuite ne fera qu’empirer les choses. Les mesures de déconfinement doivent être conçues rapidement. Il faudra repenser profondément les chaînes d’approvisionnement.

Tous les économistes conviennent que le confinement imposé après l’apparition du Coronavirus Covid-19 aura un impact économique majeur. Il ne s’agit pas ici de réexaminer les effets de manière trop détaillée, mais il est clair qu’un arrêt brutal de la production et des services aura un impact sévère sur le PIB des nations. Plus cet confinement persiste, plus l’impact sera grave, probablement dans une mesure exponentielle car, alors que certaines entreprises ont un peu de trésorerie pour endurer quelques semaines de paralysie, plus le confinement durera longtemps, plus le nombre «d’entreprises» qui ne pourra pas faire face au coût sera important, en particulier aux coûts fixes. Et, par effet d’entraînement, leurs fournisseurs, propriétaires ou autres seront à leur tour affectés.

Comme dans toute situation de crise, il faut peser les avantages et les inconvénients des solutions proposées. La difficulté de la situation qui nous préoccupe réside dans le fait que les aspects politiques sont nombreux. Beaucoup de théories, parfois complotistes, ont fait surface. Il n’en reste pas moins vrai que le calcul politique est omniprésent. Il est presque impossible pour un gouvernement – hormis le gouvernement Suédois – de ne pas déclencher le confinement lorsque les pays voisins le font. Le malheureux Boris Johnson, est le premier en en faire les frais pour avoir cru à l’auto-immunisation de sa population.

Mais on parle de confinement global, pratiquement toute la population mondiale y est sujette. Le bon sens aurait pourtant été de confiner les personnes atteintes et laisser les autres travailler, moyennant, bien entendu, un suivi régulier et des mesures strictes de protection comme peuvent l’être les gants, les masques et l’utilisation de désinfectants à grande échelle. Mais ce bon sens ne peut être appliqué pour deux raisons, la première est que personne ne semble avoir encore de tests efficaces et produits à grande échelle, ce qui serait évidemment nécessaire (tests périodiques de tout le monde), la seconde est le risque d’engorgement des lieux de soins (hôpitaux en premier, mais pas seulement). C’est ainsi que la politique refait surface, où chacun y va de son pamphlet sur le manque de préparation des différents pays, des prophètes qui avaient prédit le résurgence d’un coronavirus. La critique n’est pas constructive, l’action seule a du sens. Or, nous sommes dans une situation de crise et dans un cas comme ça, les mesures de précaution qui sont acceptables quand tout va bien n’ont plus lieu d’être. La polémique sur les essais du Dr. Raoult est presque absurde : si cela a une chance de marcher, allons-y, essayons. Je ne connais pas beaucoup de personnes qui ont eu le Covid-19 (on saura plus tard peut-être) mais pour ma part, entre risquer la mort et des effets secondaires que l’on est en droit de penser limités, mon choix serait vite fait.

Ce qui me semble plus inquiétant, c’est que, dans la mesure où le monde entier est touché, la circulation du virus pourrait reprendre. (voir l’article du Lancet). Alors, bien sûr, la déconfinement serait compliquée car il y a un risque de résurgence rapide de la pandémie. Je reste néanmoins convaincu que les populations dans leur ensemble ont compris la gravité du problème et que, pour une grande majorité, elles seraient prêtes à accepter certaines règles contraignantes.

article du Lancet

Parce que certains pays, certaines zones géographiques sont moins en mesure de mettre en place des mesures efficaces. Je pense notamment à l’Afrique où les moyens financiers ou simplement techniques ou pratiques ne permettent pas les tests et où la survie au quotidien empêche un confinement efficace. La probabilité de «reprise» du virus est donc bien réelle. Fermer les frontières? une fausse bonne idée car cela signifie d’une part la discrimination, d’autre part et plus prosaïquement, de mettre de nouvelles barrières à l’économie.

Alors, que faut-il faire? mon opinion n’est qu’une opinion mais je crois cependant que l’OMS a raison: TESTER, TESTER et TESTER encore. Détecter les personnes infectées, les traiter est le meilleur moyen de lutter contre le virus et sa propagation. L’enfermement peut, à l’inverse, augmenter le risque d’avoir plusieurs pools locaux de résurgence.

Le risque économique est MAJEUR, probablement encore sous-estimé malgré la chute libre des marchés boursiers (son ampleur étant historique). La propagation des défaillances d’entreprise suivra un schéma similaire à celui d’un virus: exponentiel. C’est là que réside le danger. Un cynique dirait qu’il séparera le bon grain de l’ivraie. Peut-être… mais est-ce vraiment souhaitable?

Ce qui est clair est que les « survivants » vont repenser leurs modèles d’approvisionnement, de gestion de manière plus générale. Cela favorisera les circuits courts, encouragera le rapatriement de certaines activités qui avaient été délocalisées à l’autre bout du monde pour faire des économies (autrement dit, de profiter d’écarts salariaux importants). Sans doute le fret mondial va subir une modification en profondeur. Mais cela aura un coût qu’il sera sans doute difficile d’imposer au consommateur surtout que celui-ci aura sans doute vu ses revenus diminuer (au moins temporairement) et sa charge fiscale augmenter. Un ciseau classique donc. Une modification en profondeur des priorités.

Ma conclusion est que le confinement et le coup de frein économique qui en est la conséquence doit prendre fin très rapidement sauf à risquer une aggravation exponentielle des difficultés. Toutes les mesures sanitaires de dépistage doivent avoir une priorité absolue pour accompagner ce « dé-confinement » et comprendre des mesures strictes sanitaires (gants, masques, distances notamment).  Enfin, je pense que l’effort doit être national, que la production doit reprendre ses droits au détriment des administrations dont l’importance n’a cessé d’enfler au cours des dernières décennies. Tout le monde va devoir retrousser ses manches et être pragmatique. Profitons de cette crise pour réaffecter les personnes à des choses productives, y compris, bien entendu l’agriculture, car si une leçon est à tirer de tout ceci, c’est que la nourriture est le premier besoin de l’homme, avant même la santé.


Merci de vous enregistrer ou de vous connecter pour nous envoyer un message

Laisser un commentaire