La crise qui s’annonce sera brutale. Et la reprise ? en V en U en L ??

Dans notre plaidoyer pour la fin du confinement, nous mis en lumière le risque que le confinement et surtout sa prolongation amènera à des conséquences économiques très importantes.

Il y a maintenant de plus en plus de raisons de s’inquiéter d’une récession*, laquelle est déjà là, dont l’ampleur pourrait surprendre. Sera-t-elle aussi grave que 1929 ? peut-être pas, mais il devient de plus en plus clair que le redémarrage devient de plus en plus incertain avec un confinement qui s’éternise. Ce qui ressemble à des grandes vacances pour certains est trompeur, le retour de vacances va être douloureux.

L’activité économique, production, vente, finance… tout est au ralenti et la coopération économique internationale – parfois appelé négativement, la globalisation – est quasi inexistante.

Les habitudes de consommation pourraient facilement se trouver modifiées en profondeur puisque beaucoup ont mis le doigt sur l’inutilité de certaines dépenses. Par ailleurs, d’une manière plus générale, la confiance des consommateurs et celle des entrepreneurs est au plus bas. La demande de biens et services a plongé à des niveaux que l’on n’imaginait même pas pensables il y a quelques semaines. Les chaines d’approvisionnement sont durablement perturbées et une crise financière est sur le pas de la porte.

Contrairement à la crise de 2008 dont l’origine se trouvait dans une crise de liquidité des marchés financiers, la crise du Covid est plus ancrée dans l’économie réelle avec des problèmes de solvabilité au niveau des entreprises. Les banques centrales peuvent bien continuer à « donner » de l’argent aux banques, cette création monétaire ne va pas en direction de ceux qui en ont effectivement besoin. C’est pour le moment rien de plus qu’un cautère sur une jambe de bois.

Les faillites vont se multiplier, cela ne fait pas le moindre doute mais ce qu’il faut comprendre est qu’une faillite peut en entrainer plusieurs autres, un peu comme le Covid, en quelque sorte.

Une autre caractéristique de la situation actuelle est sa simultanéité au niveau mondial. Aucun pays n’est en mesure de relancer la machine et entrainer le reste de l’économie mondiale comme ont pu le faire la chine ou l’inde après 2008. Le risque de déflation est évident, nourri par les interventions des banques centrales. Le chômage, au moins au niveau des entreprises privées, est déjà en train d’exploser, et ce n’est que le début. Les seuls dont l’emploi et le salaire semble pour le moment garanti sont ceux qui ne sont pas productifs, les fonctionnaires.

Hormis la Chine dont le régime autoritariste lui permet éventuellement de s’affranchir des mesures « démocratiques » du genre keynésiennes, la plupart des gouvernements ont une capacité d’intervention limitée.

Face à l’incertitude ambiante, les économies « développées » sont sans doute très fragiles, moins que d’autres, celles  pays pauvres dont l’infrastructure hospitalière rend la gestion de l’épidémie presque impossible et qui doivent faire faire face à un fardeau de dettes phénoménal, des monnaies en chute libre et en fin de compte aucun moyen de prendre la situation réellement en mains.

Il va sans dire que les marchés financiers ont anticipé ces problématiques mais l’ont-ils fait à la mesure d’un futur encore incertain. Trop d’investisseurs semblent se satisfaire d’attraper un « couteau qui tombe » (pour reprendre une expression de la city de Londres) sans vouloir imaginer que le sursaut pourrait n’être que temporaire.

Le pétrole qui a traité pour des raisons essentiellement techniques en négatif (le premier future a traité à -37$ !) est certes beaucoup plus abordable, grâce à la bagarre entre la Russie et l’Arabie saoudite d’une part mais aussi parce que la demande s’est simplement volatilisée : plus de voitures, des avions cloués au sol, des tankers servant de lieu de stockage et immobilisés, des cargos pour qui la demande a elle aussi chuté. Cet autre élément déflationniste a bien sur un avantage, certains coûts de production et de livraison seront fortement diminués mais cela ne suffira sans doute pas à recréer la demande et remettre d’aplomb les chaines de production et de logistique.

La reprise se voit affublée de noms pris à l’alphabet, « V » « U » « L » pour illustrer la former de la courbe de croissance à venir. Beaucoup envisagent encore un « V », ce qui signifierait une reprise rapide après une chute brutale, le « U » semble plus probable mais le « L » pourrait être la réalité, on chute et on reste à un niveau faible. Nous ne voulons pas suggérer qu’il n’y aura pas de reprise, seulement que l’alphabet ne comporte sans doute pas la lettre adaptée à ce qui va se passer.

*récession, plus de deux trimestres de décroissance du PIB


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